« Nous sommes une courroie de transmission avec les acteurs de terrain du continuum de sécurité »

Adjoint à la directrice de la Depsa, Yves Hocdé était le grand témoin de ce 34e forum. Après avoir exposé de manière très claire les missions de cette nouvelle administration du ministère de l’Intérieur, il a répondu en visioconférence aux nombreuses questions du public.

En 2020, le livre blanc du ministère de l’Intérieur formalisait la notion de continuum de sécurité, englobant les acteurs non étatiques de la sécurité que sont les polices municipales, les acteurs privés de sécurité et l’ensemble des éléments de sécurité de vidéoprotection. La création en juillet 2023 de la Direction des entreprises, partenariats de sécurité et des armes (Depsa) s’inscrit dans cette vision. Cette administration est chargée, a expliqué Yves Hocdé, « d’incarner et de mettre en œuvre le continuum de sécurité, qu’il soit humain pour nourrir le lien avec les différents partenaires qui contribuent à la sécurité globale, ou technologique sur l’aide à la construction de la filière artificielle de sécurité ».

Vision globale et transverse

L’idée pour le ministère de l’Intérieur est de renforcer la coordination entre les acteurs, sans se substituer à eux : « La Depsa est un point d’entrée privilégié pour les acteurs non étatiques de la sécurité. » Elle constitue à la fois un centre d’expertise et un lieu d’élaboration de stratégies et de partenariat avec l’ensemble des acteurs concernés. « Nous traitons de l’intégralité de la filière de sécurité, de la recherche académique aux opérateurs de terrain, en passant par les fournisseurs de solutions technologiques. Cela nous donne une vision globale et transverse pour accompagner l’ensemble des acteurs. Enfin, la Depsa anime la politique du contrôle des armes et des explosifs à usage civil et participe à la structuration de la filière française. Cela va jusqu’à l’usage et le contrôle des armes avec l’ensemble des détenteurs, qu’ils soient associations et fédérations ou les détenteurs personnes physiques ou armuriers. »
Pour illustrer l’action de la Depsa, Yves Hocdé a cité l’exemple des Jeux de Paris, en 2024. « Au total, 33 déploiements opérationnels ont été mis en œuvre pour plus d’un millier de caméras équipées de solutions algorithmiques. Tout souligne l’intérêt au recours de l’intelligence artificielle, couplée au dispositif de vidéoprotection, qui permet de détecter plus aisément des situations. Si les résultats apparaissent encore limités et les technologies perfectibles, l’ensemble des opérateurs s’accordent sur les potentialités de l’outil. » Le responsable a d’ailleurs confirmé que le gouvernement souhaitait proroger l’expérimentation dans le cadre des Jeux organisés en 2030 dans les Alpes françaises.

Stratégies de réponse

Pour l’avenir, Yves Hocdé a insisté sur l’importance de la dimension partenariale du continuum de sécurité face aux menaces, citant expressément le rôle d’organisations comme Aditel, « alliance entre des professions particulièrement exposées à un risque de malveillance », et à ce titre bien placées pour identifier des vulnérabilités et définir des stratégies de réponse. La Depsa a par exemple été à l’initiative d’un référentiel AFNOR pour accompagner la filière dans le respect des exigences opérationnelles en matière de sécurité. Depuis le début 2025 un groupe de travail conjoint avec le Cnaps réfléchit à l’accompagnement des donneurs d’ordre. « Ce travail vise à éclairer la décision des acteurs au travers de critères d’appréciation depuis l’évaluation du besoin de sécurité jusqu’à la phase de l’appel d’offres, puis la sélection et le suivi des prestataires. » C’est sur cette vision partenariale qu’il a conclu son propos, appelant à la mobilisation de tous les maillons de la chaîne pour améliorer la compétence collective de sécurité.


Question du public

Des expérimentations dans le domaine privé ?
Y. H. : L’expérimentation menée dans le cadre des JO concernait le domaine public car la loi encadrait l’usage de l’intelligence artificielle et l’usage d’algorithmes couplés à la vidéoprotection à des fins de l’action des forces de sécurité intérieure sur l’espace public. On pourrait très bien imaginer effectivement qu’un acteur privé se lance dans des explorations technologiques pour des mesures de protection et mène des expérimentations dans le respect des libertés personnelles.

Quel vecteur de communication entre acteurs privés et forces de police ?
Y. H. : Il n’existe pas aujourd’hui un espace qui constituerait un comité du continuum de sécurité, en mettant autour de la table l’ensemble de ces parties. Cela reste à construire, même s’il existe différentes enceintes de dialogue comme le comité des polices municipales ou le CNAPS. Nous devons donc imaginer ce lieu d’échange qui mette autour de la table les forces étatiques, les forces municipales, les acteurs privés de sécurité pour effectivement avoir un échange sur l’ensemble du continuum.

Une harmonisation de la formation entre public et privé ?
Y. H. : Dans le continuum de sécurité, chaque acteur agit dans le cadre des prérogatives qui lui sont propres : par exemple les forces étatiques vont potentiellement sur du maintien de l’ordre, les polices municipales plus sur la tranquillité publique… On voit des lignes de partage s’opérer, engageant des armements, des modes d’action, des doctrines d’emploi différents. Il en va de même pour les acteurs privés. Le sujet à travailler est peut-être de bien comprendre qui fait quoi et de s’assurer que tous les acteurs s’articulent les uns avec les autres. C’est dans ce sens que le projet de loi sur les polices municipales a été travaillé. Je vous rejoins sur ce besoin de bien former à cette articulation des finalités respectives et des prérogatives.

Comment intégrez-vous les entreprises qui ont des activités privées de sécurité dans le continuum ?
Y. H. : Nous travaillons avec les branches représentatives, de manière à pouvoir échanger avec chacun des représentants pour avoir une vision large et précise de vos enjeux. C’est dans ce cadre que nous avons, avec les autres acteurs du ministère de l’Intérieur, la Direction juridique et des libertés publiques et le Cnaps, une vision globale de vos enjeux et de vos préoccupations. Nous pouvons ainsi envisager avec le cabinet du ministre d’éventuels ajustements d’argumentation ou des évolutions législatives de votre secteur.

Pourquoi un centre de recherche et développement ?
Y. H. : Il s’agit encore d’un projet qui fait partie de la feuille de route de la Depsa et des actions qui la composent, qui à l’heure où nous parlons n’a pas encore été initié et concrétisé. Mais nous nous inscrivons dans cette volonté d’avoir un centre de recherche avec des activités de type académique permettant d’associer tous les acteurs du continuum de sécurité. Nous avons besoin de bien connaître l’ensemble des secteurs en charge de la sécurité. C’est la partie que je qualifierais d’observatoire. Il y a le sujet de l’articulation des différentes forces, également celui de la technologie et de l’ensemble des industries de sécurité qui viennent concourir par des apports technologiques. Ensuite, il faut une réflexion sur la manière de travailler les différentes prérogatives, les finalités des forces, les doctrines. Et cela, effectivement, c’est l’enjeu de ce centre : mettre l’ensemble des acteurs autour de la table pour voir comment on articule et comment on optimise les ressources respectives.